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- « FEMMES » par Pharrell Williams : l'art au féminin et au pluriel
Exposition FEMMES, Galerie Perrotin Il y a d’abord ce nom : Pharrell Williams. Beaucoup viennent pour lui. Par curiosité, par fidélité, par amour de la pop culture. Mais ce qu’ils découvrent en poussant la porte de la galerie Perrotin à Paris risque bien de les surprendre. FEMMES , c’est le titre. En lettres capitales, pluriel assumé. Une exposition dense conçue par Pharrell comme une ode aux artistes noirs, femmes pour la plupart, qui racontent le monde d’aujourd’hui avec leurs mots, leurs gestes, leurs matières. Pas une célébration nostalgique du passé, mais une plongée dans l’urgence du présent. L’exposition ne se veut pas un monument figé. Elle respire, elle pulse, elle écoute. En entrant dans les salles, on est saisi par cette énergie hybride, entre tradition et innovation, qui traverse les œuvres exposées. Comme dans le roman Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie , FEMMES relie les continents, les générations, sans jamais perdre de vue ce que c’est que d’exister aujourd’hui, dans un corps noir, dans un monde complexe. Un tableau de Nina Chanel Abney vous saisit dès les premières minutes. Des formes vives, des couleurs qui explosent, une composition qui rappelle les jeux vidéo, les réseaux sociaux, les détournements de la culture numérique. L’esthétique visuelle a tout d’un clip. Et pourtant, ce que ça dit, c’est plus profond. On pense à la série She’s Gotta Have It de Spike Lee , où l’héroïne Nola Darling vit entourée d’artistes afro-américains contemporains (Kehinde Wiley, Amy Sherald…), les œuvres ici ne décorent pas. Elles racontent, elles questionnent, elles s’imposent. Plus loin, les pièces textiles de Kenia Almaraz Murillo ressemblent à des cartes émotionnelles. Des patchworks brodés, colorés, denses, où l’intime se mêle au politique. On devine des histoires de migrations, de transmissions, de luttes aussi. Le textile devient armure, cri, affirmation. Et puis, il y a les sculptures de Seyni Awa Camara , en terre brute, presque archaïques. Elles évoquent l’enfance, la maternité, les généalogies invisibles. Ce sont des totems discrets, solides. Dans une salle voisine, les collages de Malala Andrialavidrazana interrogent les archives coloniales et les récits dominants. Ils superposent cartes, portraits anciens, photographies déchirées. Une mémoire fragmentée, mais jamais effacée. Dans la dernière salle, les sculptures de Kennedy Yanko , faites de métal froissé et de peinture coulée, évoquent une esthétique post-apocalyptique. On pense à la science-fiction de N.K. Jemisin , à des mondes brisés qui inventent de nouveaux codes de beauté. C’est peut-être ça, le vrai propos de FEMMES : montrer que l’art afro n’est pas seulement en train de rattraper l’histoire. Il est en train de créer l’avenir. Ici, la pop culture n’est pas un habillage. Elle est un matériau, une langue. Elle est présente dans les formes et dans les références. Comme le cinéma de Barry Jenkins , comme les clips de Solange , comme les romans graphiques de Marguerite Abouet , FEMMES raconte ce qui arrive quand la culture noire prend le contrôle de sa propre narration. Il ne s’agit pas de faire joli, il s’agit de faire sens. Et Pharrell, curateur inattendu mais sincère, prouve qu’on peut faire dialoguer le glamour et la profondeur, la forme et le fond, l’accessible et l’inédit. Avec cette exposition, il ne cherche pas à illustrer le passé. Il aide à inventer ce que pourrait être demain. Infos pratiques FEMMES – jusqu’au 19 avril 2025 Galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, Paris 3e Entrée libre. Un conseil : prenez votre temps.
- Fanon, de Jean-Claude Barny
Il y a des films qui tombent à pic. Fanon , de Jean-Claude Barny, qui sortira en salles le 2 avril, est de ceux-là. Dès l'ouverture, un coup de feu claque, nous arrachant au confort de nos sièges pour nous jeter au cœur du fracas colonial. Nous sommes en pleine guerre d’Algérie. Puis ces mots de Fanon s’imposent à l’écran : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, affronter sa mission : la remplir ou la trahir. » Le ton est donné. Il fallait ce film pour rappeler que Fanon n’est pas qu’un nom sur une page d’universitaire, mais un corps, une voix, un combat. En France, il reste un grand absent. On cite son nom, mais qui sait encore ce qu’il a dit, écrit, défendu ? Barny retrace l’itinéraire de ce Martiniquais devenu l’une des figures de la lutte algérienne, psychiatre et penseur dont l’œuvre est un cri contre toutes les oppressions. Fanon de Jean-Claude Barny, un film nécessaire, en ces temps troubles En ces temps où l’on suspend un journaliste pour avoir rappelé les crimes coloniaux, que des documentaires sur l’Algérie disparaissent des écrans, Fanon pose une question dérangeante: que faisons-nous de notre histoire coloniale ? Car nous vivons à l'ère de la post-vérité, où les faits historiques deviennent secondaires face aux récits que l'on fabrique, aux émotions que l'on manipule, aux vérités que l'on adapte. Barny nous ramène à l’essentiel : l’histoire, les luttes, la réalité brute de la colonisation et de ses séquelles. Peau Noire, Masques Blancs : une boussole universelle Peau Noire, Masques Blancs n’est jamais loin, ce texte de jeunesse, cette thèse refusée, qui demeure une boussole pour quiconque cherche à comprendre la mécanique implacable de la colonisation. Barny le filme, littéralement. À travers la figure d’un Fanon médecin, psychiatre à Blida, où les murs de l’hôpital bruissent de la violence coloniale, où soigner signifie résister. Là, dans ce lieu censé réparer les âmes, Fanon comprend que la psychiatrie coloniale est aussi une arme pour maintenir l’oppression. Mais Fanon est avant tout un film d’introspection. Un homme qui doute, qui pense, qui écrit. Aux côtés de Josie, son épouse, et d’Olivier, leur fils né à Alger, il s’ancre dans une vie familiale, loin du mythe figé. Des images qui marquent Barny parsème son film d’allégories qui interrogent. Ce crabe, sur lequel Fanon tire enfant, est-ce la maladie tapie en lui, ou le mal colonial qui gangrène les corps et les âmes ? Cette mangrove suspendue au mur d’Alger, miroir de ses racines martiniquaises ou dédale intérieur où se perdent ses patients ? Et cette mer face à lui au moment ultime, serait-elle l’exil, le passage du milieu, l’histoire des opprimés ? Jean-Claude Barny nous pousse à regarder au-delà des images. Un film pour aujourd’hui, un film pour demain En cette année du centenaire de Frantz Fanon, le film de Jean-Claude Barny ne se contente pas d’un hommage. Il ravive une pensée toujours brûlante, qui éclaire nos sociétés et leurs rapports aux dominations passées et présentes. Barny filme un Fanon vivant et insoumis car l’histoire ne s’efface pas et une société ne se construit pas sur l’oubli. Ce film est un rappel : chaque génération doit affronter sa mission. Mais la nôtre en est-elle digne ?
- Exposition sur les quais du RER C. Les cimetières à vélos en Chine
Exposition Chine, Des cimetières à vélos. Photographies de Wu Guoyong. Sur les quais de la station Invalides du RER C À la gare des Invalides, côté RER C, une halte inattendue s'impose. Pas de quai bondé, pas de train à attraper, juste une plongée en pleine dystopie urbaine avec l’exposition « Chine des cimetières à vélos » du photographe Wu Guoyong. Ici, les bicyclettes ne filent plus le nez au vent, elles s’empilent, rouillées, abandonnées, formant des montagnes absurdes, vestiges d’un rêve trop grand La fin d’un symbole Souvenez-vous de ces images d’une Chine où la bicyclette régnait en maître, immortalisée dans les romans de Yu Hua ou les films de Wang Xiaoshuai . Beijing Bicycle en 2001 en faisait déjà le symbole d’une société en mutation : objet de liberté, mais aussi de lutte et d’injustice. Aujourd’hui, ces vélos en libre-service, promesse d’un futur éco-responsable, ont fini par encombrer trottoirs et esprits, jusqu’à devenir indésirables. Trop d’ambition, trop de machines, et surtout, trop d’oubli. Alors, on range, on empile, on efface. Entre mémoire et modernité Wu Guoyong capture ces cimetières de métal comme d’autres immortalisent des temples en ruines. Chaque cliché raconte une histoire de course effrénée et de fin programmée, une poésie urbaine à la Jia Zhangke , où le passé et le présent se croisent sans vraiment se comprendre. Still Life n’est pas loin : ici aussi, le progrès avance en laissant derrière lui des fantômes. On pense à Lu Xun , qui décrivait déjà une Chine en perpétuel chantier, hésitant entre modernité et mémoire. Ces bicyclettes sont-elles les dernières victimes d’une marche forcée vers l’avant ? Ou bien ne sont-elles qu’un reflet de nous-mêmes, lancés à pleine vitesse sans jamais savoir où l’on va ? Une dernière balade En laissant l’exposition derrière soi, la ville reprend ses droits, les klaxons couvrent la mélancolie. Mais une image demeure : celle de ces vélos, amoncelés comme des ossements, attendant qu’on les oublie pour de bon. À voir, avant que tout ne disparaisse.
- Féminisme de pouvoir : Sororité à huis clos
Il y a quelque chose de troublant dans l’image que l’on se fait de la sororité au sommet. Une belle promesse de solidarité entre femmes, un front uni contre le plafond de verre, une main tendue à celles qui suivent. Et pourtant, derrière ce vernis d’émancipation collective, une autre réalité se dessine : celle d’une élite féminine qui s’organise pour se coopter, qui parle d’inclusion tout en verrouillant les portes derrière elle. Femmes de pouvoir, Illustration générée par DALL·E Jane Fonda, icône féministe et actrice engagée, l’avait dénoncé sans détour au moment du lancement de # MeToo , un mouvement qu’elle voyait dominé par des femmes blanches et aisées. Une indignation sélective, qui mettait de côté les premières particulièrement concernées par les violences sexistes et sexuelles : les femmes racisées, précaires, travailleuses invisibles de l’ombre. Cette fracture, elle ne date pas d’hier. Déjà dans les années 70, la militante afro-féministe Bell Hooks alertait sur la manière dont certaines féministes blanches se battaient pour accéder aux mêmes privilèges que les hommes, sans remettre en question les structures de domination qui broyaient les plus vulnérables. Aujourd’hui, l’histoire se répète. Dans les hautes sphères des entreprises, des femmes accèdent aux postes-clés, occupent des sièges en conseil d’administration, dirigent des multinationales. Mais combien d’entre elles tendent réellement la main aux autres femmes, à celles qui n’ont pas eu le même parcours, le même réseau, le même capital social ? À trop vouloir mimer les cercles élitistes masculins, certaines finissent par en reproduire les codes : cooptation, entre-soi, condescendance. Le pouvoir, après tout, a toujours été une affaire de caste avant d’être une affaire de genre. Margaret Atwood l’illustrait brillamment dans La Servante écarlate , où les Épouses, femmes de l’élite, ne remettent jamais en cause le système oppressif qui les sert. Elles y participent, elles en tirent profit, et elles méprisent celles qui sont en bas de l’échelle. Le cas de Sheryl Sandberg, ex-directrice des opérations de Facebook, est frappant. Son livre Lean In , qui encourage les femmes à s’affirmer dans le monde du travail, s’adressait surtout à celles qui avaient déjà les cartes en main pour y parvenir. Son discours ne concernait pas les mères célibataires cumulant deux emplois sous-payés, ni les femmes racisées victimes de discrimination systémique. Alors, ce féminisme des classes supérieures bénéficiera-t-il à toutes ? L’histoire montre que non. Parce que le combat pour l’égalité ne peut se limiter à une question de parité en entreprise, à des quotas de femmes PDG ou à des panels sur la diversité en conférence. Il doit être un combat pour toutes, y compris pour celles qui n’ont pas la voix, le réseau ou le privilège d’être écoutées. Tant que la sororité se vivra à huis clos, elle ne sera qu’un miroir aux alouettes.
- Des Nuées de Sens - Partager. Inspirer. Célébrer.
@ hamimfadillah, mosaïque de visages d'Indonésie Bienvenue dans "Des Nuées de Sens", mon espace de réflexion consacré à la diversité des cultures. Ce blog vous invite à explorer les multiples facettes de nos héritages à travers des articles captivants, des récits vibrants, et des témoignages inspirants. Rejoins-moi et célébrons ensemble la richesse de nos identités multiples. #Culture #Diversité #Partage #Inclusion #Inspiration @Kadir Nelson, So Together





