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All About Love : La vibration Mickalene Thomas au Grand Palais

Jusqu’au 5 avril 2026


Dès les premiers pas, les mots de All About Love de bell hooks nous enveloppent et nous engagent physiquement : aimer y est pensé comme un acte incarné, fait de soin, de respect et de confiance. Plus qu’une simple rétrospective, l’exposition qui investit le Grand Palais s’impose comme une déclaration d’amour vibrante. Ici, les femmes noires ne sont plus des silhouettes à la marge de l’histoire de l’art, mais les héroïnes de leur propre récit.



Un voyage sensoriel

All About Love ne se contente pas d'être regardée ; elle se vit. C’est une expérience totale où les toiles monumentales discutent avec des vidéos, des photographies et des collages. Entre deux œuvres, on croise les ouvrages de James Baldwin, de Lorraine Hansberry ou d'Angela Davis, mais aussi les couvertures du magazine Jet. Cette présence littéraire, de la poésie de Sonia Sanchez aux essais de Toni Morrison, n’est pas là pour le décor : elle ancre l’œuvre dans une généalogie de pensée et de dignité.


L’oreille aussi est sollicitée. La voix intense d'Eartha Kitt, celle plus suave de Babyface ou les notes de Grant Green s'échappent des salles, créant une atmosphère intime, presque domestique, qui nous accompagne tout au long du parcours.



Le salon, cœur battant du politique

L’artiste a recréé des intérieurs, ceux de sa mère ou de sa grand-mère. On s'y sent bien. Ces salons tapissés de souvenirs ne sont pas de simples décors nostalgiques : ce sont des refuges. Dans ces espaces cosy, la parole circule, la créativité se transmet. On comprend alors que le foyer, loin d'être un lieu clos, est le premier espace où l'on construit son identité et sa liberté.


Le pouvoir du contre-regard

Mickalene Thomas joue avec les classiques. Elle s'invite chez Manet, Matisse ou Ingres pour en bousculer les habitudes. Elle déconstruit le regard masculin et colonial pour imposer une souveraineté noire, où le modèle n'est plus l'objet du peintre, mais le maître du jeu. C’est ce qu’on appelle le Black Gaze (ou contre-regard) : un face-à-face puissant. Dans ses réinterprétations du Déjeuner sur l’herbe ou des odalisques, les corps noirs nous fixent droit dans les yeux, fiers et indomptables. Elle puise aussi sa force chez des artistes comme Romare Bearden, transformant le collage en une arme de résistance.



De l'éclat des strass à la force du combat

Visuellement, c'est un choc chromatique. Tout brille, tout scintille. Mais attention : ces strass, ces paillettes et ces miroirs ne sont pas de la coquetterie. Ces matériaux servent à "élever" le sujet, à donner aux femmes représentées une aura précieuse, presque sacrée.


Pourtant, sous l'éclat des couleurs pop, la réalité sociale affleure. Mickalene Thomas n’oublie jamais les violences qui marquent l'histoire américaine. À travers des œuvres comme Guernica detail, Say Their Names, ou Power to the People, elle utilise le collage pour relier les luttes d'hier aux colères d'aujourd'hui. La joie et la résistance marchent ici main dans la main.



Une invitation à penser autrement

En définitive, All About Love fait du bien parce qu'elle bouscule. Elle nous invite à lire, à écouter et à regarder autrement, célébrant une histoire de l’art enfin réconciliée avec la pluralité des regards.


Pourtant, cette réconciliation n’a rien de neutre. Au-delà de la célébration des corps marginalisés, Mickalene Thomas déplace le centre de gravité de nos musées. Elle affirme avec force que l’histoire de l’art est une construction politique, et qu'il nous appartient aujourd'hui d'en redessiner les contours.




Informations pratiques

All About Love — Grand Palais

Lieu : Grand Palais - 3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Dates : Du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026


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