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Promis le ciel : L'exil au féminin





Avec son nouveau film, Promis le ciel, actuellement en salles, Erige Sehiri poursuit un cinéma de la vérité sociale, attentif aux gestes du quotidien comme aux fractures politiques.


Son film s’ancre dans un présent brûlant, à travers le destin de trois femmes vivant en Tunisie, prises dans un étau de précarité, de racisme et de politiques migratoires de plus en plus violentes. Mais loin de tout discours appuyé, la cinéaste choisit l’incarnation : des corps, des voix, une communauté qui s’invente pour ne pas se déliter.


Le migrant, cible de tous les fantasmes  politiques

Dans Promis le ciel, le corps noir n’est jamais neutre. Il est perçu, scruté, suspecté voire violenté. Marie, Naney et Jolie vivent cette politisation du corps. Elles sont migrantes, femmes, noires, et donc exposées à une triple assignation. Erige Sehiri filme cette condition sans pathos, en restant au plus près de leur vie.


Mais le film fait aussi écho à une tendance globale plus sombre. La traque des immigrés montrée à l’écran rappelle les raids de l’ICE aux États-Unis, ou certaines propositions glaçantes visant à importer un modèle de "rafles" en France. Cette généralisation du rejet dessine une doctrine désormais assumée : tolérer ces corps autres tant qu’ils sont exploitables, puis les rejeter dès qu’ils deviennent encombrants.


Faire communauté pour tenir

Marie, ancienne journaliste devenue pasteure, Naney et Jolie ne font pas qu’habiter sous le même toit. Elles inventent un espace commun, un refuge fragile mais vital. Ce que montre le film, c’est la fabrication d’une communauté de survie face à un environnement hostile.


L’arrivée de Kenza, quatre ans, rescapée de ces embarcations qui parsèment la Méditerranée de tragédies, transforme leur refuge en une famille recomposée, aussi tendre qu’intranquille. Accueillir l’enfant devient un baume au cœur pour ces femmes éprouvées par l’absence de leurs propres enfants.


Un trio d’actrices remarquables 

Le film doit beaucoup à la justesse de ses interprètes. 


Aïssa Maïga incarne Marie avec une gravité habitée, entre foi, fatigue et dignité. Laetitia Ky apporte à Jolie une énergie combative, presque lumineuse.


Mais la révélation du film reste Deborah Christelle Lobe Naney. Elle crève l’écran par une énergie brute et un charisme magnétique. Sa présence donne au film une intensité nouvelle, attirant l’attention à chaque plan par sa capacité à incarner, dans un même mouvement, la vulnérabilité et la force de celle qui cherche un avenir meilleur.


Une bande-son comme respiration

L'intérêt du film réside aussi dans son atmosphère. La bande-son, très pertinente, culmine avec le titre Promis le ciel du groupe Delgres. Cette chanson entraînante, qui clôt le film, accompagne le poids des trajectoires et l’espoir tenace de ces trois femmes, malgré les obstacles.


Le miroir brisé de l'unité africaine

Promis le ciel plonge aussi au cœur des tensions entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, des fractures identitaires récemment ravivées lors de la dernière édition de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc.


Au-delà de l'odyssée féminine qu'il dépeint avec brio, le film pose une question brûlante et nécessaire : jusqu’à quand les pays de l'Afrique du Nord continueront-ils de porter un regard surplombant sur leurs sœurs et frères venus des autres pays d’Afrique ? 


Une interrogation qui résonne comme un appel à rompre avec les complexes de supériorité, afin que le "ciel promis" ne soit plus un mirage, mais un horizon partagé.





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