Busan, la ville du cinéma
- Eleonore Bassop
- il y a 11 heures
- 3 min de lecture
À Busan, le cinéma ne se regarde pas seulement dans une salle obscure. Il se promène dans les rues, s’expose dans les musées, se célèbre dans l’architecture et s’inscrit jusque dans l’identité même de la ville.
Longtemps connue comme la grande cité portuaire du sud de la Corée du Sud, Busan s’est progressivement imposée comme la capitale coréenne du cinéma. Une ambition qui ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs décennies, la ville a compris qu’au-delà de ses plages, de son port et de ses montagnes, la culture pouvait devenir un moteur économique, touristique et symbolique.
L’histoire entre Busan et le cinéma remonte d’ailleurs bien avant les succès récents du cinéma coréen. Plusieurs historiens du cinéma considèrent la ville comme l’un des premiers lieux de diffusion des images animées dans la péninsule. Le chercheur Hong Young-chul, qui a consacré plus de quarante-cinq ans à l’étude de l’histoire du cinéma coréen, défendait même l’idée que Busan occupait une place fondatrice dans l’émergence de l’industrie cinématographique du pays.
Mais c’est surtout à partir de 1996 que la ville change véritablement de dimension avec la création du Busan International Film Festival (BIFF). Premier festival international du film organisé en Corée du Sud, il devient rapidement l’un des rendez-vous majeurs du cinéma asiatique et mondial. Son ambition est alors claire : découvrir de nouveaux réalisateurs, soutenir les jeunes talents et offrir une vitrine aux cinématographies asiatiques souvent peu visibles sur les circuits occidentaux.
Chaque automne, des milliers de cinéphiles, professionnels et journalistes convergent vers Busan. Le festival a largement contribué à faire connaître des cinéastes aujourd’hui mondialement reconnus tout en participant à la montée en puissance du cinéma coréen contemporain.
Cette ambition trouve son incarnation la plus spectaculaire dans le Busan Cinema Center, immense complexe futuriste inauguré en 2011. Avec son vaste toit suspendu illuminé de milliers de LED, devenu l’un des symboles architecturaux de la ville, le lieu est bien plus qu’un simple espace de projection. Il accueille projections, rencontres, expositions, spectacles et événements culturels tout au long de l’année. Son théâtre en plein air et ses différentes salles en font le cœur battant du BIFF.
Pour comprendre à quel point Busan a fait du septième art un élément de son patrimoine, il suffit également de pousser les portes du Busan Museum of Movies. Premier musée coréen entièrement consacré à l’univers du septième art, il retrace l’histoire du cinéma national tout en proposant des expériences interactives accessibles à tous les publics.
On y découvre actuellement l’exposition consacrée aux archives du chercheur et collectionneur Hong Young-chul, A Collector and Discoverer. Photographies anciennes, affiches, billets de cinéma, équipements et documents rares racontent l’histoire des premières salles obscures coréennes et l’évolution du regard porté sur le cinéma au fil du XXe siècle. Une manière de rappeler que derrière les paillettes des festivals se cache aussi un travail patient de conservation de la mémoire.
Mais Busan ne s’adresse pas seulement aux cinéphiles érudits. La ville sait aussi jouer avec l’imaginaire populaire.
Le musée du cinéma lui-même prend parfois des allures de parc à thème. Au détour d’un étage, on peut se retrouver face à King Kong, croiser Alice au pays des merveilles, poser dans des décors inspirés de grandes productions ou encore se photographier dans des univers rappelant les comédies musicales hollywoodiennes. Ici, l’histoire du cinéma dialogue avec le divertissement et la culture populaire.
Cette présence du cinéma se poursuit à l’extérieur, notamment dans le quartier de Nampo-dong. La célèbre BIFF Square — autrefois appelée PIFF Street — conserve l’esprit du festival toute l’année. Entre les empreintes de mains de réalisateurs et d’acteurs, les écrans géants, les affiches et les boutiques, le visiteur comprend rapidement que le cinéma fait partie du décor quotidien de la ville.
À cela s’ajoutent de nombreuses infrastructures qui renforcent l’écosystème cinématographique local : la présence du Korean Film Council (KOFIC), plusieurs cinémathèques, des espaces de projection indépendants, des écoles spécialisées et un tissu d’événements qui permettent à Busan de vivre au rythme du cinéma bien au-delà de la seule période du festival.
Ainsi, à Busan, le cinéma dépasse largement le cadre de l’écran. Il façonne l’espace urbain, nourrit l’économie culturelle locale et participe au rayonnement international de la ville. Busan a su faire du septième art l’un des principaux marqueurs de son identité contemporaine.









































































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