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Quand l’art imagine le post-humain


Corps obsolètes ? Au musée d’art contemporain de Busan, l’exposition Body, Under Experiment explore les frontières mouvantes entre l’homme et la machine. 


Une réflexion vertigineuse sur le post-humain qui fait étrangement écho aux interrogations contemporaines sur la place de l’humain à l’ère de l’intelligence artificielle.


En parcourant l’exposition Body, Under Experiment, présentée actuellement au musée d’art contemporain de Busan, je n’ai cessé de m’interroger : les artistes Kim Hoonida et Kwon Byungjun sont-ils déjà en train d’imaginer le post-humain ? Et, surtout, qu’est-ce qui fait encore de nous des êtres humains ?


Dans les salles plongées dans une atmosphère de laboratoire, des membres artificiels côtoient des visages mécaniques. Des corps de mannequins et de robots sont démontés, recomposés, prolongés par des dispositifs techniques. À plusieurs reprises, le visiteur se retrouve face à des créatures dont il ne sait plus très bien si elles appartiennent au monde humain, animal ou celui des machines. Il est lui-même est partie prenante de l’expérience. Tour à tour coiffé d’un imposant casque qui le transforme en astronaute ou en extraterrestre, ou équipé d’un gilet qui modifie sa perception, il est invité à éprouver physiquement ces nouvelles frontières entre le corps et la machine.


Sommes-nous en pleine science-fiction ? Bien sûr, des images de I, Robot, de Matrix ou encore de Bienvenue à Gattaca viennent immédiatement à l'esprit. Mais l'exposition ne cherche pas à nous impressionner par une technologie triomphante. Elle pose une question bien plus profonde.



Depuis plusieurs semaines, la presse internationale commente largement Magnifica Humanitas, l’encyclique du pape Léon XIV consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Le texte met notamment en garde contre les risques de déshumanisation liés aux nouvelles technologies. Le pape y écrit :« À l’ère de l’intelligence artificielle où la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains. »  


Pourtant, au fil du parcours, quelque chose d'inattendu apparaît. Les artistes ne semblent pas fascinés par l'idée d'un homme augmenté ou débarrassé de ses limites. Les corps qu'ils présentent sont fragiles, inachevés, vulnérables. La machine n'y apparaît pas comme un accomplissement, mais comme un révélateur de notre condition humaine.


À première vue, tout oppose l’encyclique du pape Léon et cette exposition d'art contemporain. Mais, elles semblent se rejoindre autour d'une même question : que restera-t-il de l'humain lorsque la technologie sera capable de modifier les corps, de prolonger les sens ou de repousser certaines limites biologiques ? 


Depuis plusieurs décennies, certains imaginent un futur où l'être humain pourrait être continuellement amélioré par la technique. Les artistes de Body, Under Experiment prennent cette hypothèse au sérieux. Mais au lieu de célébrer un futur parfait, ils nous montrent des robots en transition, des corps incomplets, des identités incertaines. Comme si la vie, et avec elle l’humain, demeurait au cœur même de toute transformation.


Derrière les robots, les prothèses et les corps hybrides exposés à Busan, ce n'est finalement pas la machine qui est au centre du propos. C'est l'humain. C'est peut-être là que réside la force de cette exposition. 


L'art a cette capacité singulière d'explorer les territoires encore inconnus. Il ne fournit pas toujours des réponses, mais il formule les questions avant tout le monde.


À l'heure où des pays remettent en cause les financements de la culture, censurent certaines œuvres ou considèrent l'art comme un luxe secondaire, des expositions comme Body, Under Experiment rappellent au contraire son utilité fondamentale. L'art n'est pas seulement là pour décorer le monde. Il est aussi là pour nous aider à le décrypter. Et parfois, pour nous mettre en garde.

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