top of page

Au JIFF, les films qui mettent le public à l’épreuve


Au Jeonju International Film Festival 2026, certains films ne cherchent pas à séduire le spectateur. Ils le mettent à l’épreuve. Cette année, deux œuvres ont particulièrement dérouté le public coréen… et moi avec lui : celles de Pere Portabella et de Alain Gomis.


Avec Miró l’altre puis Cuadecuc, vampir, Portabella transforme littéralement la salle en laboratoire. Sons agressifs, narration éclatée, images fantomatiques : son cinéma semble conçu pour faire vaciller le confort du spectateur. À l’écran, Joan Miró peint puis détruit sa propre œuvre ; ailleurs, le Dracula de Christopher Lee devient un simple fantôme de cinéma vidé de son récit. Mais le spectacle le plus fascinant était peut-être dans la salle : les départs progressifs des spectateurs coréens, les sièges qui se vidaient lentement, les regards échangés entre ceux qui restaient encore. Chez Portabella, quitter la salle devient presque une partie du film.


Quelques jours plus tard, même étrange sensation devant Dao. Pendant plus de trois heures, Alain Gomis tente de faire dialoguer mariage, funérailles, diaspora, spiritualité, mémoire, racisme, Afrique et Europe. Le projet est ambitieux, parfois fascinant, mais aussi terriblement dense. À vouloir tout embrasser, le film semble parfois se perdre lui-même. Là encore, le public de Jeonju oscillait entre concentration, fatigue et abandon discret de la salle.



Ce qui m’a frappée durant ce festival, ce n’est finalement pas seulement la radicalité de ces films, mais la réaction du public coréen face à eux. Dans un pays où le public de festivals est souvent extrêmement respectueux et patient, voir des spectateurs quitter peu à peu la salle devenait presque un second récit parallèle.


Ces films avaient pourtant quelque chose en commun : ils interrogeaient moins leurs histoires que notre capacité à regarder. Jusqu’où un spectateur accepte-t-il d’être dérouté ? À partir de quand cesse-t-on de “comprendre” un film pour simplement le subir physiquement ?


À Jeonju, j’ai parfois eu l’impression que certains réalisateurs ne cherchaient plus seulement à raconter des histoires, mais à tester les limites mêmes du cinéma… et celles de leur public.




Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page