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  • Enfin une loi contre la discrimination capillaire

    En mars 2024, Olivier Serva, député de la Guadeloupe, présentait à l’Assemblée nationale une proposition de loi pour reconnaître et sanctionner la discrimination capillaire. Ce sujet, loin d'être superficiel, soulève plusieurs questions importantes : Histoire et Politique  : Nos cheveux sont une affirmation politique de notre histoire. Normes de Beauté  : Nous subissons des canons de beauté imposés par une société consumériste. Réappropriation Culturelle  : Notre culture, longtemps déconsidérée, devient rentable pour beaucoup. Le malaise envers les cheveux crépus vient aussi de nous. Deux films documentaires, "Good Hair" (2009) de Chris Rock et "Touch My Hair" (2013) d'Antonia Opiah, ainsi que l'ouvrage de Willie Morrow "400 Years Without a Comb" (1973), explorent ce rapport difficile. ©Sandro Miller / Fifty One Gallery Les cheveux ont une importance sociale, esthétique, et mystique dans les civilisations africaines. Cependant, l'esclavage et la colonisation ont dévalorisé cette représentation, forçant les femmes noires à dissimuler ou lisser leurs cheveux. Dans les années 60 et 70, le mouvement "Black is Beautiful" et des figures comme Angela Davis ont redonné aux cheveux noirs leur dimension révolutionnaire. En Afrique, malgré l'influence occidentale, les coiffures traditionnelles ont persisté. Juliette Smeralda, dans "Peau noire, cheveux crépus : l'histoire d'une aliénation" (2005), explique que le défrisage est un symptôme inconscient de complexes hérités de l'oppression. Depuis les années 2000, le mouvement Nappy a redéfini l’image des personnes noires dans les sociétés occidentales. Des artistes comme Solange Knowles avec "Don’t Touch My Hair" (2016), les réalisateurs de "Hair Love" (2020), et des auteurs comme Laura Nsafou, Barbara Brun, et Rokhaya Diallo, travaillent à normaliser et sublimer les cheveux naturels africains, libérant ainsi les personnes d’ascendance africaine des stéréotypes et de cette ennuyeuse uniformité. #LoiAntidiscrimination #CheveuxCrépus #JusticeCapillaire #DiversitéCapillaire #CheveuxNaturels #CombatCapillaire #BeautéNaturelle #CheveuxAfro #FiertéCapillaire #CheveuxEtCulture #CheveuxFrisés #AfroCoiffure #LibertéCapillaire #CheveuxEthniques #CheveuxEtIdentité #AfroStyle

  • Femmes africaines et Spiritualité - Point de vue de Dr S.N Nyeck

    Dr S.N Nyeck est une universitaire distinguée enseignant dans des universités américaines. Elle détient un doctorat en sciences politiques et économiques de l'Université de Californie Los Angeles et un doctorat en théologie pratique de Virginia Theological Seminary. Professeure Associée à l’Université de Colorado Boulder, cette Américaine d'origine camerounaise du peuple Bassa a récemment été intronisée Mbombok (Reine, Guide). Qu'est-ce qui a conduit cette intellectuelle vers ce retour aux sources ? J'ai voulu en savoir davantage et suis donc allée à sa rencontre.   EB : Bonjour Dr Sybille Ngo Nyeck, vous avait été intronisée Mbombok par la confrérie du Koo. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est ce titre ?   Dr. S.NN : Le peuple Bassa, Mbô et Bâti voit l’être humain comme un nœud crucial dans une longue chaîne du vivant. L’homme est en quête de réalisation par une communion consciente avec le passé, le présent et l’avenir, intégrant à la fois les aspects visibles et invisibles de la vie. Bien que les Bassas n'aient pas de concept spécifique de Dieu, ils reconnaissent, comme la plupart des peuples Bantous, un Être suprême au-delà de toutes formes de vie.   Socialement et organisationnellement, le Mbombok est l’autorité qui veille à l’équilibre spirituel, social et économique, et qui éveille les consciences. Cette personne rappelle que notre existence est un assemblage de multiples aspects du vivant. Porter le titre de Mbombok, une responsabilité majeure, implique la plus haute initiation, au-delà des dimensions surnaturelles ou divines. Il existe des Mbombok hommes et femmes.   Le rite Koo, une confrérie exclusivement féminine, prépare les Mbombok femmes à gouverner les personnes et les choses, animées ou inanimées, en utilisant la sagesse ancestrale. Le titre de Mbombok par l’initiation Koo a une symbolique sociale, spirituelle et politique essentielle dans l’organisation des peuples Bassa, Mbô et Bâti.   EB : Qu'est-ce qui a motivé votre initiation ? Était-ce une quête anthropologique, philosophique, théologique ?   Dr. S.NN : Il est à la fois difficile et évident de déterminer le moment précis où j'ai réalisé que je devais suivre ce chemin initiatique. Cette quête m'a toujours hantée. J'ai entendu parler du Koo très jeune, grâce à ma grand-mère qui m'a raconté ces réunions secrètes de femmes dans la forêt, interdites aux regards extérieurs. Cette histoire m'a fasciné.   Dans mon environnement, je n'avais jamais vu de femme Koo ou Mbombok, et je pensais que ces traditions avaient disparu. Cependant, au fil des années et de mes recherches, j'ai découvert que le Koo existait toujours. Du côté de mon père, Mbô, j'ai trouvé des femmes faisant partie de ce cercle et suis entrée en contact avec elles.   Cette quête s'est intensifiée ces cinq dernières années, durant lesquelles j'ai pu nouer des liens et affiner ma démarche. Bien que n'étant pas initiée, je n'étais pas non plus novice. Ma quête est à la fois spirituelle, philosophique et anthropologique, une quête profondément humaine.   Pour reprendre Léopold Sedar Senghor : "L’Afrique vit au rythme d’une humanité qui vise à ranimer l’intériorité de l’être humain dans sa grandeur et dans l’idéal, au-delà des questions de race, de couleurs ou de géographie." Ce rythme m'a interpellé, surtout en tant que chercheuse. Nous avons un héritage précieux du peuple Bassa, Mbô et Bâti, un trésor à partager.   Je suis entrée dans cette confrérie pour mieux connaître mes racines et me ressourcer, avec l'objectif de partager ces connaissances avec le monde, partout où cela est possible.   EB : Dans le contexte africain, existe-t-il une spiritualité féminine distincte de celle des hommes en Afrique ? Comment ces sociétés secrètes influencent-elles le tissu social ?   Dr. S.NN : À mon avis, le terme "société secrète" n'est pas pertinent, car il renvoie au siècle des Lumières avec l'idée que tout ce qui est connu est dans la lumière, tandis que le reste est condamné à l'obscurité, voire à l'obscurantisme. Nous ne pouvons pas parler de sociétés secrètes dans un tissu social national ; il est essentiel de distinguer entre le pouvoir politique d'un État et les formes de gouvernance qui ont toujours existé, évoluant et se transformant en fonction de leurs interactions avec l'État. Ces cercles n'ont pas de vocation nationale, mais des ethnies ayant préservé certaines formes de spiritualité et de connaissances peuvent apporter une richesse de valeurs et de savoirs à l'échelle nationale.  De plus, il ne faut pas oublier que dans les États africains, comme dans la plupart des pays ayant connu la colonisation, il y a eu un mépris et un discrédit des us et savoirs des peuples colonisés. Par conséquent, le rôle de ces cercles reste à déterminer car ils n'ont pas toujours été acceptés au niveau national. En ce qui concerne l'existence d'une spiritualité féminine différente de celle des hommes, je répondrais non. Toutefois, la méthode et l'approche peuvent varier car la spiritualité pousse à une connexion profonde avec son être intérieur et extérieur. Sur le plan anthropologique, il existe en Afrique de l'Ouest des spiritualités centrées sur les femmes, exploitant les énergies et symboles féminins. En résumé, la différenciation est à la fois réelle et illusoire ; elle ne vise pas à affirmer des antagonismes biologiques ou idéologiques. Chez les Bassas, Mbô et Bâti, il existe des cercles exclusifs pour les femmes, pour les hommes, et des cercles mixtes. L'objectif n'est pas de renforcer les identités distinctes, mais d'utiliser ces réservoirs d'énergie pour œuvrer à une humanité plus équilibrée. EB :   Dans le cadre de vos recherches, vous explorez divers domaines, dont les études cinématographiques. Quelle est la place de l’art dans les sociétés secrètes ? Est-ce un vecteur de connaissance ou de folklorisation ? S.NN :   Le terme "folklorisation" est intéressant. Il dérive de "folk", qui en anglais signifie "gens", pas des indigènes, mais des gens simples. Dans les cercles initiatiques, comme l'ont noté les anthropologues, il s'agit d'un processus où l'on apprend à se dépouiller de tout ce que l'on a reçu. C’est complexe car nous sommes tous formatés par notre société. L'art le plus élevé et le plus important est le travail sur soi. En travaillant sur soi, on s'ouvre à d'autres possibilités. L’art n’est plus seulement une activité, mais quelque chose de profondément enraciné en nous. On ne peut pas envisager les cercles initiatiques sans les voir comme des vecteurs de connaissances non individualisées. Dans des cercles plus connus comme le vaudou, l’art est crucial car il maintient une présence constante dans la société et véhicule des symboles activés par des artistes talentueux. Les peuples Bassas, Mbô et Bâti ne sont pas réputés pour leurs artisans, mais leur premier art est le verbe. Ils ont une expression commune, "Man Mêe", désignant quelqu’un qui maîtrise l’art de la parole. Cela rappelle le premier chapitre de la Genèse : "Au commencement était le verbe". Pour ces cercles initiatiques, l’art est fondamental car il permet de découvrir les mystères de la vie, mais aussi l’art de voir, de penser, et de s’exprimer. Je développe de plus en plus cette matière car je m'intéresse aux expressions artistiques, que ce soit par le cinéma, la chanson ou d'autres formes d’art, particulièrement dans le courant afro-futuriste. Ces formes d’art nous interpellent tous et il est crucial de préparer les peuples à apprendre à lire leur propre art. C’est très important !   EB : En tant qu’universitaire et maintenant Mbombok, pensez-vous publier un essai sur votre parcours initiatique ?   Dr. S.NN : Bien sûr, je pourrais publier un essai sur mon parcours initiatique. Comme je l’ai expliqué, ce parcours est à la fois intellectuel, social et spirituel. Cependant, je ne divulguerai pas tous les aspects des rites que j’ai accomplis, car ils appartiennent à ceux qui les pratiquent. Je ne cherche pas à exposer les rituels du Koo. Les peuples Bassa, Mbô et Bâti méritent le respect, nous partagerons ce que nous jugeons approprié et garderons le reste pour nous.   Je ne retourne pas à mes racines pour tout bouleverser, mais pour trouver ma place et accomplir ma mission. Cette mission n’est pas de révéler les rites des peuples Bassa, Mbô et Bâti, mais de partager ce qui peut être utile à mon peuple et à tous ceux qui recherchent un savoir équilibré, respectueux et profond, pour une humanité meilleure.   EB: Merci Dr S.N Nyeck d’avoir répondu à mes questions. #FemmesAfricaines #Spiritualité #Culture #FémininSacré #Sagesse #Tradition #Afrique #Religion #Foi #Équilibre #ArtEtSpiritualité

  • Belinda Kazeem-Kamiński : Une expérience noire en terre germanophone

    Belinda Kazeem-Kamiński est écrivaine, artiste et universitaire. Son travail se caractérise par une approche artistique interdisciplinaire qui combine la théorie postcoloniale et le féminisme noire. Belinda Kazeem-Kamiński traite de l'(in)visibilité de l'histoire des Noirs en Autriche en entremêlant le documentaire et la fiction. Ses œuvres se manifestent à travers une variété de médias et dissèquent le présent d'un passé colonial toujours d’actualité. Une exposition lui était consacrée au Kunsthall de Vienne jusqu’à début 2022. Rencontre.   Eléonore Bassop Bonjour Belinda, pour satisfaire notre curiosité, pouvez-vous nous dire qui vous êtes ? Comment vous définissez-vous ? En tant qu'Autrichienne ? En tant qu'Afro-Européenne ? Ou en tant qu'Africaine-Autrichienne ?   Belinda Kazeem-Kamiński Je suis une écrivaine et une artiste visuelle de la diaspora noire basée à Vienne en Europe. Pour ce qui est de mon passeport, je suis autrichienne.   E.B Votre travail touche à la vidéo, à l'installation et à la photographie, vous êtes également une auteure et une universitaire, comment et pourquoi naviguez-vous entre ces différents mondes ?   Belinda Kazeem-Kamiński Il n'y a pas de différence ou de séparation entre mon travail en tant qu'universitaire, auteure ou artiste. Ma pratique, indépendamment de la manière dont elle se matérialise, se caractérise par un intérêt pour la négritude, le temps/la temporalité, l'archive et le soin/la réparation. J'ai commencé dans le milieu universitaire, mais les conventions académiques se sont avérées trop rigides pour ce que j'essayais de faire. Comme j'ai toujours eu un vif intérêt pour l'écriture et la création d'images, prendre la caméra tout en me penchant sur l'écriture créative n'était pas si difficile. En fin de compte, des projets différents appellent des solutions différentes.   E.B Vos recherches portent sur la vie des personnes noires dans les territoires germanophones. Quelles expériences souhaitez-vous partager avec le public à travers les différents supports artistiques que vous utilisez ?   Belinda Kazeem-Kamiński Ma pratique vise à comprendre comment la négritude et les Noirs ont été historiquement construits et marqués comme autres, et comment ces circonstances influencent le quotidien. Les spectateurs constituent un groupe hétérogène, il est donc impossible de faire des suppositions générales, mais j'ai tout de même un public préféré en tête ou des personnes avec lesquelles je veux être en conversation. D'une manière générale, mes œuvres sont des invitations. Les spectateurs sont invités à être témoins et à réfléchir, entrant ainsi dans des intrigues et des récits qui, je l'espère, les poussent à réfléchir à leur positionnement. E.B Votre travail est marqué par le temps : le temps passé, le temps présent et le temps futur. Quelle est l'importance du temps dans votre recherche ?   Belinda Kazeem-Kamiński Les conceptions du temps et de la temporalité me permettent de réfléchir à la manière dont la violence coloniale ou l'asservissement des Africains continuent de hanter l'ici et le maintenant. Contrairement à ce que les Européens blancs aiment à penser, les Noirs ne sont pas nostalgiques et n'ont pas de problème à oublier le passé. Le passé a toujours de l'importance, car il continue de s'immiscer dans le présent.   E.B Vous avez été styliste de mode, que reste-t-il de cette époque ? L'importance du détail comme dans votre travail sur Angelo Soliman ? La recherche esthétique dans la création ?   Belinda Kazeem-Kamiński J'ai travaillé comme styliste bien avant de commencer mes études à 25 ans. Le stylisme, c'est raconter des histoires avec des textiles, des accessoires, des couleurs, des corps, des mises en scène spécifiques. Les détails et la façon dont je dispose les objets sont toujours très importants pour moi. Chaque objet est là dans un but précis; il signale quelque chose, dirigeant ainsi le regard et l'attention des spectateurs.   E.B La question noire est un thème très discuté dans de nombreux pays européens aujourd'hui. En France, je peux citer Maboula Soumahoro, Rokhaya Diallo, Amzat Boukari-Yabara, et bien d’autres. Vous intéressez-vous au travail de ces intellectuels afro-européens ?   Belinda Kazeem-Kamiński Ce qui m'empêche de lire davantage d'écrivains et d'intellectuels noirs français est mon incapacité à parler français, ce qui est dommage. Heureusement, le livre de Maboula Soumahoro, Black is the Journey, Africana the Name (2022), a été traduit en anglais par Kaiama Glover, un penseur que j'admire beaucoup. L'existence d'une traduction me permet de me plonger dans la pensée de Maboula Soumahoro. En outre, je me considère chanceuse d'être en conversation et en proximité avec des artistes, des penseurs et des esprits brillants noirs à travers l'Europe. Des personnes comme Temi Odumosu, Onyeka Igwe, Fallon Mayanja, Anna Tje, Fatima El-Tayeb, Noémi Michel, Vanessa Thompson, Maisha Auma et bien d'autres me viennent à l'esprit.   E.B À quand une convergence des intellectuels afro-européens sur la question noire ?   Belinda Kazeem-Kamiński Les projecteurs sont surtout braqués sur les penseurs/artistes noirs américains, mais nous sommes nombreux à faire ce travail dans le contexte afro-européen. Je m'intéresse aux personnes qui laissent de côté les logiques de l'État-nation et réfléchissent à la diaspora noire ou à l'expérience de l'Atlantique noir : non pas comme une histoire monolithique, mais comme un espace ouvert à différentes expériences, frictions et ambivalences.   Merci Belinda Kazeem-Kamiński d'avoir répondu à nos questions. Contact : hello@belindakazeem.com #BelindaKazeemKaminski #ExpérienceNoire #Artiste #AuteureAutrichienne #ArtisteVisuelle #CultureNoire #Autriche #Afrodescendants #ExpérienceCulturelle #IdentitéNoire #Diaspora

  • Sarah Maldoror : le legs d'un cinéma révolutionnaire

    En 2020, Sarah Maldoror (1929-2020), pionnière du cinéma panafricain et cinéaste anticolonialiste, nous quittait. Née Sarah Ducados, elle prend le nom Maldoror en hommage au poème de Lautréamont. Sarah Maldoror, figure engagée, explore l'interrogation, la révolte et l'observation d'autres cultures. Son travail, imprégné de l'esthétique surréaliste, célèbre l'identité noire et combat le racisme et la colonisation. Formée en cinéma à Moscou, elle réalise des films comme "Monangambéee" et "Sambizanga", tout en capturant la vie quotidienne et les parcours des femmes à travers sa photographie. Épouse de Mario Pinto de Andrade, acteur clé des indépendances africaines, son cercle d'influence inclut Mandela, Fanon et Cabral. Maldoror, loin de se voir comme une intellectuelle, privilégie l'action et prend des risques, subissant même l'expulsion d'Algérie en 1970. Son cinéma, influencé par Eisenstein et Marker, exprime une pensée anti-nationaliste et anti-raciste, se concentrant sur la lutte contre l'exploitation. Pour elle, faire un film, c'est éduquer sans tomber dans le didactisme politique. Sa vision de la liberté et de l'injustice transparaît à travers ses œuvres, qui cherchent à transmettre des messages profonds. En 1956, elle co-fonde la compagnie Les Griots pour promouvoir les artistes noirs. Leur première pièce est "Huis clos" de Jean-Paul Sartre. La compagnie se dissout en 1972. L'héritage de Sarah Maldoror se perpétue à travers l'immersion dans son œuvre et les collaborations avec des artistes contemporains explorant la place des femmes noires dans la culture européenne et la traite. Ces hommages reflètent son engagement en faveur de la transmission et de la nécessité de témoigner. Sarah Maldoror laisse une œuvre marquée par l’anticolonialisme et le panafricanisme. En mai 2024, une rétrospective lui est consacrée au Forum des images. Pour en savoir plus : https://www.themoviedb.org/person/935113-sarah-maldoror #SarahMaldoror #CinémaPanafricain #CinémaAnticolonial #Négritude #HéritageCulturel #CinémaRévolutionnaire #ForumDesImages #FemmesCinéastes #ArtEtPolitique #ThéâtreNègre #Panafricanisme #Eisenstein #ChrisMarker #JeanPaulSartre #LesGriots

  • Enfance volée : les séquelles du passé

    L’ère du post-racialisme repose sur l’idée que le racisme appartient au passé, et beaucoup croient que les jeunes seront désormais épargnés par ce fléau. Cependant, l'actualité nous rappelle régulièrement que ceux qui ne correspondent pas aux stéréotypes ont subi et continuent de subir les conséquences des discriminations raciales qui persistent dans nos sociétés occidentales. La littérature et le cinéma nous permettent de comprendre ces histoires et de prendre la mesure des traumatismes vécus par les enfants. En juin 2021, une nouvelle du Canada nous a sorti de la torpeur estivale : plus d'une centaine de restes d'enfants autochtones ont été exhumés lors de fouilles près d’un pensionnat tenu par l'Église catholique, s'ajoutant aux 250 corps retrouvés dans une autre région. Ces découvertes macabres témoignent des abus subis par les enfants des Premières Nations, victimes de la doctrine « Tuer l’indien dans l’enfant » et de l’assimilation forcée à la culture occidentale. Dans le documentaire "Nous n’étions que des enfants…", les réalisateurs Objiwé Lisa Meeches et Tim Wolochatiuk reviennent sur le rôle néfaste de l’Église catholique dans la séparation brutale des enfants amérindiens de leurs familles et les conséquences de ce déracinement : éclatement des familles, toxicomanie, alcoolisme, violence et suicide. Donna Meehan, dans son autobiographie "Mon enfance volée", révèle la tragédie des enfants aborigènes qui ont subi le même sort que les enfants amérindiens du Canada. Aux États-Unis, en 2014, les fouilles sur le terrain de la Dozier School en Floride ont révélé les restes de plus de 80 jeunes. Pendant plus d'un siècle (1900-2011), cette maison de redressement a infligé les pires sévices à des jeunes de 6 à 18 ans sans que personne ne soit jamais inquiété. L'auteur afro-américain Colson Whitehead s'est inspiré de cette histoire pour son roman "Nickel Boys". Situé dans les années 60, il raconte l’histoire d’Elwood Curtis, un jeune afro-américain emprisonné à la Nickel Academy à la suite d'une erreur judiciaire. Ce roman, qui a valu à l'auteur un second Prix Pulitzer, décrit en détail la déshumanisation progressive des jeunes détenus par les châtiments, les sévices et les viols. Un roman de la colère sans concession. En France, entre 1962 et 1984, Michel Debré, alors député de la Réunion, a permis l’envoi de plus de 2.000 enfants réunionnais en métropole pour travailler dans des fermes, repeupler les campagnes et freiner la « surpopulation » de l’île. En 2018, « les enfants de la Creuse » ont demandé à l’État français des excuses et des réparations. Ivan Jablonka, historien au Collège de France et auteur de l'ouvrage "Enfants en exil", écrit : « Historien de l'enfance orpheline, j'ai rarement été confronté à tant de souffrances. Dans les archives, on trouve des cas d'enfants de 12 ans qui tentent de se suicider, sont internés, tombent en dépression ou deviennent délinquants sans raison. On trouve des lettres désespérées suppliant l'administration de les rapatrier à la Réunion. En vieillissant, alcoolisme, clochardisation, suicides sont monnaie courante. » En parlant d’enfance volée, on ne peut passer sous silence le calvaire de ces jeunes que la France enferme dans des centres de rétention administrative en violation de la Convention internationale des droits de l’enfant. L’État français a déjà été condamné à cinq reprises par la Cour européenne des droits de l’homme. Depuis 2018, et l’examen de la loi Asile et immigration, plus de 600 jeunes ont vécu le traumatisme de la détention en France métropolitaine, dont plus de 300 à Mayotte. Ces crimes commis contre l’enfance sont les conséquences d'une histoire coloniale qui perdure sous d'autres formes. Les politiques d'immigration, les politiques carcérales et les violences policières en sont les manifestations directes, touchant durement des jeunes toujours plus fragilisés lorsqu'ils ne sont pas détruits. #EnfancesVolées #ColonialismeModerne #TraumatismeEnfants #DroitsDesEnfants #HistoireColoniale #PostRacialisme #Bumidom #MichelDebré #PolitiqueMigratoire #ViolencePolicière #PolitiqueCarcérale #EnfantEnExil #NickelBoys #DozierSchool #EnfantsdelaCreuse #DonnaMeehan #ColsonWhitehead

  • Mémoire et Théâtre

    Pendant mon séjour à Séoul, j’ai eu l’occasion de voir deux chef-d’œuvres du théâtre coréen : la pièce  Hwal Hwa San  et la comédie musicale  The Hero . Ces œuvres sont importantes car elles retracent l’histoire de la Corée et parviennent à unir un peuple autour de son patrimoine culturel et historique. Hwal Hwa San , écrit par Cha Beomseok et présenté au public pour la première fois en 1974, raconte l'histoire de Kim Jeong-sook, une femme au foyer au sein d'une famille traditionnelle et autrefois noble, en difficulté à la fin des années 1960. Face à l'adversité, Jeong-sook décide de prendre les rênes et guide son village et sa famille vers le changement et la prospérité. Cette pièce de théâtre illustre la modernisation de l'économie rurale dans les années 1970 et de l'évolution de la société sud-coréenne, grâce notamment au mouvement Saemaul Undong instauré par le régime de Park Chung-hee. Pour marquer le 100e anniversaire de la naissance de Cha Beom-seok, dramaturge très respecté en Corée, la Compagnie Nationale de Théâtre de Corée a choisi de remettre en scène Hwal Hwa San, pour en tester son écho aujourd’hui. Le succès a été au rendez-vous puisque chaque représentation a fait salle comble.   Hwal Hwa San   se jouait au théâtre de Myeongdong jusqu’au 17 juin. The Hero est une comédie musicale créée en 2009, adaptée au cinéma en 2022, pour honorer la mémoire d'Ahn Jung-geun, considéré comme un martyr et un héros tant en Corée du Sud qu'en Corée du Nord.  En 1909, sous l'occupation japonaise, Ahn Jung-geun, engagé dans la résistance armée, assassine le Résident-General japonais en Corée. Emprisonné et exécuté par les autorités japonaises le 26 mars 1910 à l'âge de 30 ans, Ahn Jung-geun devient une figure emblématique de la lutte pour l'indépendance coréenne.  La comédie musicale The Hero raconte son histoire héroïque ainsi que celle de ses compagnons. Le spectacle dure 2h40, avec une pause de 20 minutes pour reprendre son souffle, car croyez-moi, c'est une montagne russe émotionnelle. Il suscite une vive émotion chez les spectateurs qui réagissent avec ferveur à chacune des scènes.  (The Hero, Sejong Center) ( Hwal Hwa San, National Theater Company of Korea) Le décor est tout simplement incroyable. Grâce à une scénographie dynamique, on se retrouve transporté dans différents lieux historiques, des forêts de bouleaux en Russie aux rues de Harbin en Chine, en passant par les sombres cellules de prison japonaises. Les décors modulables permettent de changer d'ambiance en un clin d'œil, ce qui maintient le rythme effréné du spectacle. Le jeu de lumières accentue les moments de tension et les scènes émotionnelles. Quand les coups de feu retentissent ou que la fumée envahit la scène, on se croirait vraiment en pleine action. La musique est un mélange de sons et de compositions modernes jouée par un orchestre dirigé par une jeune cheffe d’orchestre. La chorégraphie concoure à exalter le patriotisme des spectateurs. Tandis que les costumes sont fidèles à l'époque coloniale japonaise et montre le goût prononcé des japonais pour un occident qui fascine toujours autant aujourd’hui. C’est ainsi que l’on peut voir des uniformes militaires, des vêtements traditionnels, des tenues de la cour impériale, mais aussi des robes élégantes et des queues de pie. Sur scène des véhicules d’époque contribuent à une immersion totale dans l'histoire. Les représentations du mercredi, accessibles aux enfants dès 8 ans, attirent de nombreuses familles, contribuant ainsi à transmettre cet héritage historique aux plus jeunes. The Hero est à voir au Sejong Grand Theater jusqu’au 11 août 2024. Pour être complet sur la vie de ce héros national, il est à noter que l’autre héritage laissé par Ahn Jung-geun, ce sont ces calligraphies très appréciées et considérées comme des trésors nationaux. J’ai vu quelques uns de ces écrits au Musée Ojukheon à Gangneung tout comme j’ai pu entendre sa voix enregistrée lors de l’un de ces procès. Les  textes ont été écrits pendant son emprisonnement, dans l’attente de son exécution. De nombreuses calligraphies sont des maximes et des aphorismes tirés des Analectes de Confucius ou de documents historiques. Certaines d'entre elles sont ses propres compositions, exprimant ses pensées et ses sentiments sur la nature éphémère du monde, et sa méfiance à l'égard du Japon. Ces autographes sont reconnaissables parce qu’à côté de la date et du lieu de la rédaction est apposée l’empreinte de la main de l’auteur à laquelle il manquait le bout de l'annulaire gauche, coupé lors d’un pacte avec ses compagnons, en signe de dévouement à leur pays. À voir le public nombreux à chaque séance, comprenant beaucoup de jeunes, des enfants et des moins jeunes, j’ai compris que ces œuvres captivent le public coréen parce qu’elles réaffirment leur lien profond avec l’histoire de leur nation tant éprouvée. Elles servent à transmettre un héritage national. C’est fascinant de voir en direct comment l'art joue ce rôle crucial dans la société, permettant aux générations de se connecter à leur passé et de mieux comprendre l’évolution de leur pays. Pendant que j'assistais à ces spectacles, je n’ai pu m’empêcher de penser à nos héros africains. Leurs histoires sont souvent immortalisées dans des livres qui se couvrent de poussière, malheureusement de moins en moins lus. Serait-il inconvenant de les ramener à la vie à travers des pièces de théâtre ou des comédies musicales ? Douala Manga Bell, Um Nyobe, le roi Behanzin, la reine Pokou, Patrice Lumumba, Winnie Mandela, Nelson Mandela et tant d'autres. Récemment, le journaliste Serge Bilé a ouvert la voie en mettant en scène la vie de Félix Houphouët-Boigny dans une comédie musicale. Il est temps que d'autres auteurs talentueux prennent le relais et portent sur scène nos valeureux héros africains. Cela pourrait être une formidable façon de célébrer, d’enseigner et de transmettre notre histoire.

  • Gena Rowlands ou les paradoxes de la féminité américaine

    Gena Rowlands dans Tony Rome est dangereux (1967), @Twentieth Century Fox Gena Rowlands vient de nous quitter, laissant une trace indélébile dans le cinéma. Actrice emblématique, elle a su représenter les contradictions de la féminité américaine, oscillant entre le conformisme d'une Amérique aseptisée et la rébellion intérieure des femmes qu'elle a porté à l'écran. Son héritage reste celui d'une actrice qui a défié les conventions et redéfini la féminité au cinéma. En 2020, Murielle Joudet, critique de cinéma, lui consacrait un livre : Gena Rowlands - On aurait dû dormir. Dans cet ouvrage, l'auteure explore la place à part qu’occupe Gena Rowlands dans le cinéma américain. Dès les années 1950, l'actrice incarne les femmes au foyer parfaites dans les séries télévisées qui dépeignent la vie de la classe moyenne américaine, pétrie de conformisme, vivant dans des banlieues blanches immaculées. Elle est le fantasme d'un rêve américain tel qu'admiré par certains ou abhorré par d'autres. Mais Gena Rowlands, c'est bien plus que cela. Elle est l'incomparable muse de John Cassavetes, son mari, donnant vie à des héroïnes complexes, déchirées, tourmentées et profondément humaines. Raconter Rowlands, c'est aussi évoquer Cassavetes, sa singularité, ses choix de cinéaste indépendant et sa "méthode" novatrice. Avec des films comme Faces (1968), Une femme sous influence (1974), ou Gloria (1980), Rowlands montre une autre féminité, glamour mais pas trop, mêlant force et fragilité, séduction et mal-être. Dans Opening Night (1977), elle s'insurge contre la dictature hollywoodienne de l'âge, interrogeant la place des actrices d'âge mûr dans le milieu du cinéma. Gena Rowlands a continué à tourner jusqu’en 2014, laissant sa marque jusqu’au bout, notamment dans un épisode de la série Monk, toujours égale à elle-même, vulnérable, fantasque, émouvante, inoubliable.

  • Tatami : Duel sous haute pression

    Lorsque l’on entre dans la salle pour voir Tatami , on pense que l’on va assister à un film de sport. On s’imagine déjà les combats, la sueur, la tension dans l’air. Mais très vite, on comprend que ce n’est pas juste un duel de judo qui se joue sous nos yeux, c’est un affrontement bien plus grand : celui d’une femme contre un régime, d’un rêve contre un ordre oppressant. Et là, la claque est immense. Leila Hossein, la judokate iranienne incarnée par Arienne Mandi, est là pour gagner. Elle veut cette médaille d’or, elle la mérite, et on la veut pour elle aussi. On la suit, crispés, dans les vestiaires, sur le tatami, partout. Mais voilà que le régime iranien lui tombe dessus : hors de question d’affronter une Israélienne. La solution ? Simuler une blessure. Mensonge, soumission, ou bien la liberté... mais à quel prix ? Noir et blanc, sans compromis Dès les premières images, ce noir et blanc. Ça capte tout, ça vous happe. Les visages sont tranchants, les corps en mouvement sont plus nets, plus bruts. Ce noir et blanc, c’est un choix fort. Comme si chaque nuance de gris avait été effacée. Et c’est là où réside la puissance du film : ces combats, qu’ils soient physiques ou intérieurs, sont présentés sans fioritures, sans compromis. Il n’y a pas d’échappatoire, pas d’ambiguïté. C’est ce qui donne à Tatami  cette ambiance oppressante, cette tension qui ne se relâche jamais. Les actrices qui crèvent l’écran Mais parlons des actrices, parce que franchement, elles portent le film à bout de bras. Arienne Mandi, en Leila, est incroyable. Il y a cette rage en elle, cette fragilité aussi. À chaque prise, on ressent son conflit, cette envie de tout envoyer balader, mais aussi cette peur viscérale. On vit avec elle ce dilemme insupportable. Et puis il y a Zar Amir Ebrahimi qui co-réalise le film, et joue Maryam, l’entraîneuse. Son personnage est plus nuancé, plus pragmatique, presque résigné. Elle incarne ce conflit interne à merveille. Leur duo fonctionne tellement bien qu’on en oublie presque tout le reste. On est avec elles, dans cette lutte, dans cette impasse. Un peu trop simple parfois... Maintenant, soyons honnêtes, le film a ses limites. Il y a ce côté « nous contre eux », un peu trop simpliste parfois. D’un côté, les "gentils", ceux qui résistent avec l'occident pour les aider, et de l’autre, le régime iranien, les "méchants". C’est clair, net, mais ça manque un peu de nuances. On sait que la situation est bien plus complexe que ça, et là, on aurait aimé que le film explore plus ces zones grises. Les choix sont souvent impossibles dans la réalité, mais ici, on est parfois trop dans une lecture binaire. La vraie rébellion, c’est d’exister Ce qui est fascinant, c’est que ce film sort alors que l’Iran bouillonne encore du mouvement Femme, Vie, Liberté . On ne peut s’empêcher de penser à toutes ces athlètes iraniennes qui ont dû se plier à des règles absurdes, qui ont vu leurs rêves écrasés sous la botte d’un régime autoritaire. On se souvient de Kimia Alizadeh, la médaillée olympique qui a fui le pays, dénonçant les pressions insupportables. Tatami  fait écho à toutes ces histoires de courage. C’est un film qui, sans le dire ouvertement, nous parle de ces femmes qui, par leur seule présence, défient les règles. Parce qu’au fond, la vraie rébellion, c’est d’oser exister, d’oser se battre, même quand tout semble perdu d’avance. Tatami  est un film qui vous prend aux tripes, vous plonge dans une lutte acharnée, portée par deux actrices impressionnantes. Il y a des défauts, oui, ce manichéisme trop appuyé parfois, mais la puissance des émotions l’emporte. Ce film est un combat en soi, et qu’on le veuille ou non, il nous marque, il nous remue. #Tatami #Femmesvieliberte #femmesiraniennes #sportivesiraniennes #ArienneMandi, #ZarAmirEbrahimi #kimiaalizadeh #guynattiv #cinemairanien #filmsportifs

  • Kris Kristofferson, l'incarnation du cool

    Kris Kristofferson, le géant de la country et du cinéma, vient de nous quitter. Je dois admettre que je connais mal le Kristofferson star de la country, celui qui, aux côtés de Johnny Cash et Willie Nelson, a contribué à redéfinir le genre musical, même si je savais qu’il était une légende de la country bien avant que je ne le découvre acteur. Ses titres, repris par des icônes comme Janis Joplin, Elvis Presley et Johnny Cash, l'ont propulsé au Panthéon de la musique country, un univers récemment investi par Beyoncé avec son album Cowboy Carter . Mais je connais bien le Kristofferson acteur. Celui qui, avec son regard bleu perçant, son allure nonchalante et sa voix rocailleuse, incarnait une forme de "cool" ultime, plus rude, plus authentique, loin du cool à la Steve McQueen. Dans Une étoile est née (1976), aux côtés de Barbra Streisand, il interprète un rocker déchu, et le film est tout aussi poignant que la version de 1954 avec Judy Garland et James Mason. Chaque adaptation – y compris celle de 2018 avec Lady Gaga et Bradley Cooper – semble capturer la même magie : l'ascension d'une étoile et la chute tragique d'une autre. Mais la version de 1954 marquait le retour flamboyant de Judy Garland dans le rôle d'Esther Blodgett. Quant à celle de 1976, elle portait le grain particulier des années 70, une époque où l’énergie brute et la vulnérabilité de Kristofferson résonnaient puissamment. Et puis, il y a eu ses autres films. Dans  Pat Garrett & Billy the Kid (1973), un western culte, il partage l’affiche avec James Coburn, le Monsieur « Crispé » de Sister Act 2 (1993), tandis que Bob Dylan, dans un petit rôle, signe la bande originale légendaire avec Knockin' on Heaven's Door. Plus tard, il sera le mentor bourru de Wesley Snipes dans Blade (1998), incarnant une autre facette de ce talent polyvalent. Que ce soit sur scène ou à l’écran, Kristofferson était une icône. Un homme dont le talent semblait sans limite, un homme qui semblait vivre son art avec une grande sincérité. Kris Kristofferson vient de nous quitter, tout comme Dame Maggie Smith, James Earl Jones, Tito Jackson, et tant d’autres. Une génération s’éteint, nous laissant orphelins d’un monde qui n’est plus depuis fort longtemps. Un monde que certains découvriront bientôt qu’au travers la petite lucarne, vestige d’une époque révolue, où ces géants brillaient encore. #KrisKristofferson, #Musiquecountry, #Astarisborn, #Patgarrettetbillylekid, #JamesCoburn, #Barbrasteisand, #Cinemaamericain, #WillieNelson, #JohnnyCash

  • Quincy Jones et le cinéma

    Quincy Jones Depuis quelques jours, bien des choses ont déjà été dites et écrites sur le musicien légendaire qu’était Quincy Jones. Pour ma part, je souhaitais revenir sur l’incursion remarquable de cet artiste dans le monde du cinéma. Bien sûr, il laisse derrière lui une œuvre unique, façonnée par son génie. Compositeur, chef d’orchestre, producteur, il n’a pas seulement traversé les époques : il les a créées. Avec une âme jazz, une détermination sans faille et un talent instinctif, Quincy Jones a su transformer chaque note en une émotion véritable. Mais au-delà de sa collaboration avec Frank Sinatra, Ray Charles, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Dizzy Gillespie, Michael Jackson, et beaucoup d’autres, Quincy Jones a aussi mené une carrière prolifique dans la musique de films et de séries, bâtissant un univers artistique inoubliable. Dès les années 60, alors que l’Amérique se réveillait au rythme des luttes pour les droits civiques, Quincy Jones laissait son empreinte sur des œuvres marquantes comme  In The Heat of the Night ,  Dans la chaleur de la nuit . Avec Ray Charles à la voix, il ouvrait ce film où Sidney Poitier incarnait un homme noir affrontant le racisme dans le Sud. Le blues poignant de Quincy, porté par le timbre puissant de Ray, exprimait une réalité douloureuse qui réclamait d’être entendue. Avec  Appelez-moi Monsieur Tibbs , Sidney Poitier retrouve Quincy pour un nouvel hymne à la dignité, un hymne où la mélodie suit les pas de Tibbs avec la force tranquille d’un héros qui refuse de plier. Ce sont des notes douces et fortes, où chaque souffle semble dire que la justice, elle aussi, a besoin de poésie. Peut-être la collaboration la plus explosive reste celle avec Sam Peckinpah pour  Guet-apens . Le génie sauvage de Peckinpah trouve en Quincy Jones un partenaire d’audace. Ensemble, ils créent une bande-son à la hauteur de la fureur de Steve McQueen et de la grâce d’Ali MacGraw, un souffle musical qui épouse les poursuites, les silences, la violence brute de ce western urbain. Comment ne pas évoquer  The Wiz , où, aux côtés de Michael Jackson et Diana Ross, Quincy réinventa le conte du  Magicien d’Oz  pour les jeunes Afro-Américains ? Là, sa musique brillait comme un phare, un appel à rêver, à croire en sa propre magie, à suivre sa propre route pavée d’étoiles et d’or. Pour  La Couleur Pourpre , Quincy rejoignit le monde de Steven Spielberg pour créer un univers sonore d’une rare profondeur. La musique de  Miss Celie’s Blues  touchait au cœur des histoires de ces femmes, comme une confession, une promesse, un chant d’espoir et de douleur. Quincy avait le don d’habiter ces personnages, de leur donner une voix même là où les mots se taisaient. Puis, il y a eu cet éclat de joie,  Soul Bossa Nova , ce morceau qui continue de faire danser les foules. Avec Lalo Schifrin au piano et le saxophone magique de Paul Gonsalves, saxophoniste de Count Basie et de Duke Wellington, Quincy signait là un hymne à la vie. Ce même morceau s’invita plus tard dans les folies d’Austin Powers, mais toujours avec cette étincelle unique, cette liberté qui n’appartient qu’à lui. Enfin, pour la télévision, Quincy marqua les esprits avec la série  Ironside, l’homme de fer , où Raymond Burr, futur Perry Mason, incarne un détective en fauteuil roulant. La fusion jazz-funk de la bande-son devenait le témoin d’une époque où le jazz se mêlait au groove, où les notes perçaient l’écran comme un cri de délivrance.  Quincy Jones vient de nous quitter, mais il n’est pas vraiment parti, car sa musique continuera de résonner longtemps encore, dans nos esprits et dans nos cœurs. #quincyjones, #musiquedefilm, #sidneypoitier, #Guetapens, #thewiz, #lemagiciendoz, #michaeljackson, #dianaross, #Missceliesblues, #sampeckinpah, #franksinatra, #Quincyjonesetlecinéma

  • Lee Miller : L'indicible dans l'objectif

    Je suis allée voir le film Lee Miller un peu par hasard, m’imaginant découvrir une biographie filmée classique. Mais dès les premières images, nous sommes plongés dans une époque tourmentée où les affres de la guerre sont capturés avec justesse par Ellen Kuras. La vie de Lee Miller (1907-1977), magistralement interprétée par Kate Winslet, y apparaît non pas comme un simple parcours de photographe mais comme un voyage à travers les tumultes de l’histoire et les profondeurs de l’âme humaine. Lee Miller : une femme aux multiples identités Lee Miller est une femme insaisissable, oscillant entre plusieurs identités — mannequin, muse surréaliste, photoreporter intrépide. Ses débuts, aux côtés de Man Ray, dans les salons avant-gardistes des années 1920 à Paris, la montrent audacieuse et fascinée par l’art. Elle collabore à la technique de la solarisation avec Ray, mais se révèle vite trop vaste pour se contenter d’être dans l’ombre d’un homme. On comprend en elle cette urgence de s’affranchir de son époque, comme un personnage de Virginia Woolf, épris d’indépendance, qui cherche dans la photographie un moyen de capturer le réel brut, sans les artifices du regard masculin. C’est en devenant correspondante de guerre pour Vogue  que Miller déploie toute sa puissance. Pendant le Blitz  de 1940-1941, elle capte le quotidien d’une Angleterre sous les bombes. À travers son objectif, les rues dévastées de Londres ne sont plus seulement des lieux de désolation, mais deviennent les témoins de la force et de la persévérance. Loin de chercher l’esthétique facile, elle braque son appareil sur les blessures d’un monde qui se fissure, assumant la dureté des images comme une nécessité, un devoir de mémoire.  En 1942, elle est l’une des rares femmes à obtenir une accréditation pour couvrir le front européen comme correspondante de guerre. Elle découvre alors que Liberté , le poème de son ami Paul Éluard, est devenu un hymne de la Résistance, parachuté par milliers depuis les avions de la Royal Air Force sur les maquis. Lorsqu’elle entre dans les camps de Buchenwald et Dachau en 1945, ses clichés deviennent des cris silencieux, des pages de l’horreur que l’on ne peut ignorer. Ce sont des instantanés de la folie humaine, mais aussi de la lucidité d’une femme qui a vu l’innommable et refuse de détourner le regard. Son reportage, publié sous le titre « BELIEVE IT », choque par sa véracité et témoigne d’une colère viscérale. Traumatisée par la guerre et hantée par des blessures anciennes, notamment un viol subi dans son enfance, elle sombre dans la dépression et l’alcoolisme après son retour à Londres. Vogue , le glamour comme acte de résistance Le film met aussi en lumière le rôle décisif d’Audrey Withers, rédactrice en chef de Vogue  durant la guerre. Sous sa direction, le magazine se transforme en une plateforme de mobilisation où les femmes sont encouragées à “se battre sans armes.” Là où Vogue  aurait pu se limiter à son glamour habituel, Withers en fait un pont entre l’effort de guerre et la vie domestique, guidant ces “soldats sans fusils” qui, du foyer à l’usine, portent le pays sur leurs épaules. Ces héroïnes anonymes rappellent les personnages de George Sand, qui trouvent dans la nécessité de la guerre un chemin vers l’émancipation, brisant les carcans du quotidien. Vogue , cependant, n’abandonne pas la mode. Avec la devise “Make do and mend” (“Faisons avec ce que nous avons”), le magazine épouse une esthétique de la sobriété prouvant que même en temps de guerre, il y a toujours une place pour l’élégance et la dignité. Le travail de Miller et de Withers n’est pas qu’une documentation, mais une révolte visuelle contre la barbarie, une affirmation du regard féminin dans un monde qui cherche à l’invisibiliser. Lee Miller, photographiée dans la baignoire d’Hitler, nous dit quelque chose de bouleversant : elle est allée au bout de l’horreur et, dans cet acte provocant, elle reprend possession de son image, de son corps, face à celui qui a incarné la déshumanisation. Hommage aux héroïnes silencieuses Les clichés de Miller et les articles de Withers rappellent que l’atrocité peut prendre des visages ordinaires et que la banalité du mal s’infiltre partout, souvent sans que l’on daigne y prêter attention. Mais Lee et Audrey témoignent de la force de celles et ceux qui, avec leurs moyens modestes — un appareil photo, une page imprimée — préservent une humanité que la guerre cherche à effacer. En ces temps troublés, ce film est un hommage à toutes ces femmes qui, en pleine guerre, transforment le quotidien en acte de résistance et se dévouent à la vérité. Comme Miller l’a fait à travers ses images, le film nous laisse face à l’inconfort de l’inéluctable, mais aussi avec l’espoir qu’il restera toujours des témoins pour refuser l’oubli.

  • L’art contemporain du Bénin s’expose à la Conciergerie

    L’exposition “Révélation ! Art contemporain du Bénin”, sous les voûtes gothiques de la Conciergerie, n’est pas qu’une simple présentation d’œuvres. Elle nous transporte au cœur de la création béninoise actuelle, mêlant traditions ancestrales et regards contemporains.  La Conciergerie : Histoire et art contemporain Ancien palais royal et salle de justice, la Conciergerie a traversé les siècles et les événements majeurs de l’histoire française, de la Révolution à la détention de Marie-Antoinette, en passant par les heures sombres de la Terreur. Ce lieu historique devient le théâtre où le passé rencontre les préoccupations d’aujourd’hui, offrant aux artistes béninois une scène idéale pour explorer les multiples facettes de leur identité et de leur culture. Des artistes engagés entre traditions et recyclage L’exposition, qui rassemble quarante-huit artistes, est une fresque vivante, riche et hétérogène, qui oscille entre peinture, sculpture, installation, photographie, et design. Parmi ces artistes, quelques figures marquantes se distinguent, chacune apportant une signature unique qui reflète les grandes thématiques de l’art béninois contemporain : la transmission, le dialogue avec les ancêtres, la récupération des matériaux, et la réinvention des rites. Julien Sinzogan, né en 1957 à Porto-Novo, explore les racines spirituelles de l’Afrique, notamment à travers la culture vodun. Ses œuvres nous ramènent à l’histoire de la traite transatlantique et aux cultures dispersées, mais aussi préservées, par la diaspora africaine. En utilisant des techniques minutieuses et des motifs inspirés de la tradition, Sinzogan crée des tableaux où le sacré dialogue avec l’histoire. Ses œuvres, exposées dans des institutions de renom comme le Victoria & Albert Museum, expriment avec force ce lien entre passé et présent, et témoignent d’une résilience culturelle toujours vivante. Edwige Aplogan, pionnière de l’art béninois au féminin, incarne quant à elle le métissage des symboles traditionnels et des matériaux modernes. Reconnue pour ses créations autour du dieu Lègba, souvent représenté avec un grand phallus, elle le réinvente en l’habillant de plexiglas et de lumière. À travers ce dieu messager, elle nous parle d’un Bénin qui se réapproprie ses racines sans renoncer aux influences nouvelles. Louis Oké-Agbo, issu d’une formation de photographe, capture les émotions humaines dans leur expression la plus brute. Né aux Aguégués, il utilise son art pour explorer les profondeurs de l’âme humaine, révélant les cicatrices laissées par la société. Empathique et engagé, Oké-Agbo pratique aussi l’art-thérapie pour soigner et unir, dans une osmose spirituelle avec la nature. Engagement écologique et social : l’art de la récupération Aston, de son vrai nom Serge Mikpon, et Marcel Kpoho, deux sculpteurs passionnés par la protection de l’environnement, illustrent à merveille l’art de la récupération, ou “upcycling”. Aston transforme les déchets en œuvres d’art saisissantes, dénonçant le gaspillage et sensibilisant à l’urgence écologique. Quant à Marcel Kpoho, il recueille pneus usés et matériaux divers pour concevoir des sculptures puissantes, qui interrogent sur l’avenir de notre planète. Leur art nous confronte aux défis écologiques, tout en redonnant vie à des matériaux abandonnés. Moufouli Bello, quant à elle, née en 1987, s’interroge sur les questions d’identité et de genre. Artiste et chercheuse, elle met en lumière le corps féminin noir et les perceptions sociales qui l’entourent. Ses œuvres cherchent à décoloniser le regard porté sur ce corps et à en libérer les représentations patriarcales. Sa peinture et ses installations jouent un rôle dans la construction d’espaces de droits et de dignité. Enfin, Emo de Medeiros, figure de l’hybridation culturelle, propose un univers où le vodun côtoie le numérique. Ses œuvres se situent au croisement des cultures, évoquant un “Homo futuris” qui se nourrit de ses multiples appartenances, entre Afrique et Europe, tradition et modernité. Cet artiste, formé entre Paris et le Massachusetts, est une figure emblématique d’un art béninois en pleine mondialisation, prêt à dialoguer avec le monde. Autour de l’exposition  L’exposition s’accompagne aussi d’une programmation vivante, où l’art du Bénin se déploie en musique avec la talentueuse Mina Agossi, star de la scène afro-jazz. Accompagnée de musiciens de renom, elle propose des sessions intenses, comme un écho vibrant aux œuvres exposées. Pour prolonger l’expérience, le food truck Cha-Chenga invite les visiteurs à un voyage gustatif au cœur des saveurs béninoises. Chaque plat est un hommage à la richesse de la cuisine du Bénin, ajoutant une dimension sensorielle à cette immersion culturelle. Une absence marquante de figures emblématiques Bien que l’exposition “Révélation ! Art contemporain du Bénin” soit riche et variée, l’absence de figures majeures comme Romuald Hazoumé, Léonce Raphaël Agbodjelou et Calixte Dakpogan crée un sentiment d’incomplétude. Ces artistes contribuent pourtant activement à l’art béninois contemporain avec des œuvres critiques qui interrogent les dynamiques postcoloniales, les relations entre l’Afrique et l’Occident, et les réalités socio-économiques actuelles du Bénin. Romuald Hazoumé, par exemple, utilise des bidons d’essence pour créer des masques dénonçant la consommation excessive et le trafic de carburant, tout en interrogeant l’héritage colonial. Léonce Raphaël Agbodjelou, à travers sa série de photographies "Egungun", explore les traditions spirituelles et identitaires, en capturant la tension entre héritage culturel et modernité. Quant à Calixte Dakpogan, ses masques fabriqués à partir de matériaux récupérés sont une réinvention des traditions africaines, témoignant à la fois de la continuité culturelle et de la critique de la consommation contemporaine. L'absence de ces artistes amoindrit le caractère contestataire de l’exposition, privant le public de réflexions sur les questions politiques et économiques essentielles du Bénin actuel. En ne mettant pas en avant ces voix engagées, l’exposition donne une image moins nuancée de l’art béninois contemporain, qui sait pourtant se montrer provocateur et engagé dans la réflexion sur les tensions postcoloniales et les défis globaux. Art béninois : modernité et héritage spirituel Malgré ces absences, Révélation ! Art contemporain du Bénin  offre une immersion captivante dans l’art béninois sous les voûtes séculaires de la Conciergerie, révélant la richesse de ses thèmes et la vitalité de ses artistes. Entre matériaux recyclés, rites vodun réinventés et explorations identitaires, cette exposition ouvre une fenêtre sur un univers d'expressions et de récits où passé et futur s’entrelacent, posant des questions universelles qui résonnent bien au-delà des frontières béninoises. Infos Pratiques Exposition :   Révélation ! Art contemporain du Bénin Lieu :  Conciergerie, 2 Boulevard du Palais, 75001 Paris Dates :  Du 4 octobre 2024 au 5 janvier 2025 Horaires :  Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h Tarifs :  Plein tarif : 13 €, Gratuit pour les moins de 18 ans. Accès :  Métro : Ligne 4, station Cité ; RER B et C, station Saint-Michel Notre-Dame. Accessible aux personnes à mobilité réduite. Site officiel pour plus d’informations et réservation :   https://www.paris-conciergerie.fr/agenda/revelation-!-art-contemporain-du-benin#presentation

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